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Savine Dosda - Zeb'
(2003 – 28 février 2009, photographies noir et blanc prises en Guadeloupe)
Je suis née et j’ai vécu 18 ans en Guadeloupe, puis 10 ans à Bruxelles où j’ai étudié la photographie et travaillé dans ce domaine. Je vis actuellement à Paris où j’exerce mon activité. Mon travail photographique est basé sur la narration : je construis des séries de photographies où l’histoire est suggérée par l’association d’images ou par le rapport image-texte.
Il s’agit d’une écriture photographique où le temps de lecture et l’appréhension de la globalité sont essentiels.
Zeb’ est un récit autobiographique de fiction où l’histoire personnelle entre intimement en résonance avec celle du pays où elle se déroule. Le récit est structuré en 8 chapitres (voir plus bas), dont les titres orientent la lecture et chaque détail photographié se lie au détail suivant pour recomposer le passé/mon passé, une Guadeloupe. Tout au long de ce voyage, j’invite le spectateur à progresser, par couches successives et par cercles, dans un espace mental elliptique mais entêtant, tout en parcourant l’espace de l’archipel Guadeloupéen où les photographies ont été prises.
Ce projet de récit personnel s’inscrit à part égales dans une volonté d’affirmation identitaire : il répond au besoin essentiel de dire quelque chose de juste sur la Guadeloupe. « Juste », c’est-à-dire proche de l’identité mélangée, souvent ambiguë et douloureuse, qui est celle des Guadeloupéens. Pour trouver ce ton juste, je me suis attachée à cadrer certains détails de l’île ainsi que des expressions et des attitudes qui témoignent de la Guadeloupe telle que je l’ai vécue et telle que je la perçois. J’ai également choisi de travailler en noir et blanc pour être au plus proche d’une société toujours très sensible à la couleur de peau.
L’ensemble du projet suggère un va-et-vient entre tension (visages fermés, animaux morts ou menaçants, fragments de corps, dos tournés à l’objectif) et espoir (magie de la lumière, miroitements de la mer, beauté de la nature, jeux d’enfants). J’ai photographié en restant à l’écoute des drames muets qui existent au sein de la société (blessures identitaires, poids de l’histoire et des discriminations), et qui sont continuellement en lutte avec l’extraordinaire force vitale qui tire malgré tout cette dernière vers l’avant. Métaphore de ce tiraillement, le titre Zeb’ signifie en créole les mauvaises herbes : celles qui repoussent toujours vigoureusement sous le climat tropical, après que l’on a essayé de les éliminer.
Les photographies ont été réalisées lors de trois séjours de plusieurs mois à la Guadeloupe : en 2003, 2005 et 2008.
Une partie des images a été réalisée dans un esprit documentaire. D’autres sont des « madeleines de Proust », des fragments rencontrés au moment présent et qui ont éveillé des souvenirs. Parfois, il s’agit également d’objets trouvés, qui ont donné forme à des sensations et des émotions sans mots et sans visage : ces photographies sont devenues le révélateur du souvenir plutôt que l’outil permettant de l’enregistrer et de le conserver. Enfin, certaines sont issues de mises en scène.
Le travail de sélection et d’agencement se faisait au fur et à mesure des voyages, à mon retour à Paris.
En février 2009, à l’occasion de la grève générale menée par le LKP (« collectif contre l’exploitation outrancière » dirigé par Elie Domota), les tensions sociétales plus ou moins étouffées jusque-là ont explosé et se sont verbalisées. Sous l’impulsion de ce climat de crise qui a secoué la Guadeloupe et dont les échos inquiétants m’ont profondément ébranlée, j’ai clôturé le reportage et finalisé l’association des photos et leur agencement en chapitres.
Zeb’
Chapitre 1 : Griffures.
Ouverture sur un monde mouvant, inquiétant, abîmé, habité des traces d’une vie passée. Bruits de pas à l’approche, crissements de métal griffé.
Chapitre 2 : Le foyer des astres.
Univers carcéral. Rencontre avec des présences féminines, piliers tendres sous une chaleur lourde. Ensoleillement mortel. Une supplique.
Chapitre 3 : Le souffle.
La vie quotidienne, teintée par le passé. Fragilité et résistance.
Chapitre 4 : Intimes valeurs.
Croyances et racines, histoire et spiritualité. Un héritage secret, que l’on dorlote.
Chapitre 5 : Partir.
La fin d’une époque.
Chapitre 6 : L’accalmie.
Dans l’oeil du cyclone. Protection, insouciance, innocence.
Chapitre 7 : Zeb’.
Vitalité des mauvaises herbes, lien avec le ciel. Rencontre avec les âmes fortes.
Chapitre 8 : La menace.
Danger imminent, brûlure. Approche d’une présence monstrueuse. Attraction morbide vers Manman dlo*.
* Équivalent créole de la sirène, habitant le fond des mers ou des rivières.
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