je suis ici, mais aussi là-bas
dépaysée en moi-même
il m'arrive de voir, sentir,
revivre des instants, des fraîcheurs,
un moelleux d'engourdissement repus
c'est là comme une évidence
en tous cas je le crois

Aller à
« l'Eden »

 
 
j'ai vu si souvent cette forme
que je la reconnaîs maintenant
ma Soufrière est là
en même temps que ses nuages,
violets de pluie
 
 
 
 
je suis ici, mais cette enfant ?
je suis là-bas,
assise sur un plot en béton,
frais au bas de la cité
le vent froisse l'éventail
de l'arbre du voyageur
et me décoiffe
 
 
 
 
une brillance de soleil
et je ferme les yeux
sous les paupières la lumière presse
des auréoles colorées
les yeux ouverts à nouveau
et tout semble bleu, étranger
j'ai du mal à résister à cet appel au départ
cela me prend partout
 
 
 
 
je ris : les chaleurs de la rue Frébault,
ses kilomètres de pieds-nus,
de sandalettes, de tongs
et quelques chaussures fermées
pour les grandes occasions
je suis ici, je porte des chaussettes
 
 
 
 
Paris-Fleur d'Epée
je suis ici,
et mes flamboyants sont roses
ici seulement
ici seulement pourtant je le sais bien
là-bas ils sont rouges !
 
 
 
  3 mai 2006
les cris de l'esclavage
se sont faits entendre à Paris
je me rapproche d'eux, si près
mais pourtant personne ne me reconnaît
à la fin tout bascule,
la nation embrasse le rite :
bougies de la Toussaint, la nuit tombe
mais qui donc est mort ?
 
 
 
 

des marchandises, du bétail
des biens, des valeurs, et maintenant ?
l'indigo s'est délavé,
un bleu toxique reste
il doit dire la mer il dit là-bas
je le bois comme une assoiffée

 
 
 
 

un gobelet
se pince sous la pression des doigts,
sa transparence tachetée d'une coulée
de grains d'épices
je suis partie en bas à la camionnette
acheter une friture piquante
dans la maigre lumière d'un néon
c'est encore un peu chaud
et le gras traverse l'emballage

comment, je n'y suis pas ?

 
 
 
 

je suis là-bas
cette fois j'en suis sûre
la robe, les couleurs, le Caprisonne,
l'air chaud sans faillir
qui souffle une seconde peau sur la peau,
permettant la fluidité des gestes,
tout me le dit
cette fois j'en suis certaine

 
 
 
 

je suis ici
hélas j'y reste cette fois
l'aile est en tissu, l'oiseau empaillé
ce carnaval contenu
n'est qu'une mascarade

 
 
 
 

je préfère mes mirages sombres, inquiétants,
l'histoire que je n'ai pas vécue
mais qui me parvient
même ici au spectacle je vois un marché
habité des puissances du passé
de là-bas

 
 
 
 

je suis amère
on joue avec moi
comment un nom, une plaque,
une pancarte pourrait-elle transporter ici
tout ce qu'elle ne connaît pas
je suis amère
car j'y ai cru

 
 
 
 

dois-je porter mon île sur la peau
comme une brûlure ?
me couvrir de signes,
justifier la teneur de mon sang ?
je suis ici mais je suis de là-bas
je suis d'ici et de là-bas
c'est assez

c'est assez et pourtant

 
 
 
 

je suis entourée de mirages,
ils baignent la ville
colorent les ciels

ils mentent

c'est la mer seule qui fait l'île