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Isabelle Levistre
Illusion
«
J’ai toujours aimé la photographie, mais c’est
assez récemment que j’ai décidé
de l’aborder avec plus de sérieux et de me
donner les moyens de réussir à exprimer correctement
mon regard photographique.
L'envie de réaliser cette série m'est venue
à l'occasion d’une séance de photos
d'architecture intérieure, réalisée
dans un hôtel. Nous avons découvert ces trophées
de chasse et je dois dire que cette rencontre était
plutôt inattendue ! Je me suis laissée guider
par leurs expressions oniriques et leurs regards absents.
L’idée de donner l’illusion de la vie
à ces têtes empaillées s’est imposée.
J’ai trouvé cette séance de prise de
vue captivante par l’étrangeté des sujets
et la difficulté à leur redonner un aspect
vivant.
Avec l’aide de Savine, j’ai essayé de
retranscrire mon ressenti à l’égard
de ces animaux et ses conseils avisés m’ont
été bien utiles !
J’ai eu un plaisir immense à me laisser guider
par le sujet tout en éprouvant les divers problèmes
techniques de telles prises de vues. »
***
La
série « Illusion » d'Isabelle Levistre
est le résultat d'un travail photographique préparé
en deux étapes, tant du point de vue technique que
de celui de l'intention.
Tapies dans l'ombre des cages d'escalier d'un petit hôtel
parisien, des têtes venues de savanes africaines nous
observaient de haut. Le sujet était extrèmement
tentant, mais son traitement s'est rapidement montré
épineux, du fait de la hauteur d'accrochage des trophées
et du manque d'éclairage sur les lieux. Il nous a
semblé nécessaire de revenir, mieux préparées.
Dans
la perpective de cette séance ultérieure,
nous avons donc décidé de réaliser
tout d'abord une série de tests avec les moyens dont
nous disposions (photos avec ou sans flash, en noir et blanc
ou en couleurs). Ces tests ont été ensuite
analysés afin d'évaluer les difficultés
techniques qu'ils révélaient, mais également
de juger du potentiel expressif des différentes possibilités
testées.
Lorsque nous sommes revenues, nous étions équipées
de pied photo, d'un flash déporté par rapport
à l'appareil et d'un réflecteur Lastolite.
Isabelle avait l'intention de photographier les animaux
de l'hôtel en couleurs et d'essayer de donner une
illusion de vie à ces dépouilles.
Les difficultés de ces prises de vues ont été
de : maîtriser l'éclairage artificiel donné
par le flash en direct et en indirect; jouer avec la réflection
des spots tungstène existant, doser les différentes
températures de couleur présentes sur une
même photo, ne pas gêner le travail des employés.
Par ailleurs, l'utilisation du pied étant impossible
dans l'escalier, un autre défi a été
de faire la mise au point malgré les poses lentes.
Le résultat est là : les animaux de l'hôtel,
photographiés par Isabelle Levistre, nous suivent
du regard. C'est l'éclairage qui leur donne vie :
tantôt il les surprend et les épingle de manière
dramatique, tantôt il leur laisse le temps d'osciller
et de nous observer à l'abri de l'ombre. Un peu à
la manière de ces statues conservées au musée,
qui la nuit se raidissent dans le faisceau lumineux de la
lampe du gardien, et que l'on imagine descendre discrètement
de leur socle pour mener une vie mystérieuse dès
que l'obscurité a repris ses droits.
S.
D.
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